Journée internationale des droits des femmes

Un rappel nécessaire. Pas seulement une célébration.

Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes nous invite à reconnaître les progrès accomplis. 
Parce que oui, il y en a eu.
Plusieurs.

  • Les femmes accèdent davantage aux études supérieures 
    Elles sont d’ailleurs plus nombreuses à détenir un diplôme universitaire que les hommes.
  • Elles occupent plus de postes décisionnels qu’auparavant
    Mais les postes de haute direction et d’administrateurs sont encore majoritairement occupés par des hommes.
  • Les violences faites aux femmes sont davantage reconnues et dénoncées
    Pourtant, on met encore trop souvent en doute la parole des femmes qui dénoncent leur agresseur / violeur.

Bref, la société avance.

Mais elle avance encore à une vitesse étrange : suffisamment rapide pour publier des communiqués optimistes, mais pas assez pour régler les inégalités structurelles qui persistent.

Les femmes tiennent une grande partie du filet social

Au Québec, une grande partie du travail qui maintient les communautés debout est porté par des femmes.

Dans le réseau communautaire seulement, plus de 80 % des emplois sont occupés par des femmes*. Ces travailleuses soutiennent des personnes en détresse, accompagnent des familles, défendent des droits et interviennent en prévention auprès de populations vulnérables.

On parle de plus de 3 000 organismes communautaires en santé et services sociaux qui jouent ce rôle essentiel dans la société.

Ils écoutent.
Ils soutiennent.
Ils préviennent des crises.
Ils réparent souvent ce que les systèmes publics n’arrivent plus à réparer.

Et pourtant, ces organismes fonctionnent avec des ressources qui ressemblent parfois davantage à de la débrouillardise qu’à une politique publique solide.

Quand les besoins explosent… mais que les budgets stagnent

Depuis plusieurs années, les demandes d’aide augmentent : détresse psychologique, précarité financière, violence conjugale, itinérance — souvent invisible — vécue par de nombreuses femmes. La liste d’attente pour accéder au programme de L’Entre-Deux déborde.

Mais les investissements publics ne suivent pas le rythme.

Depuis 2018, les hausses de financement accordées aux organismes communautaires représentent en moyenne à peine 9 245 $ de plus par organisme… sur sept ans.

En 2025, les 3 000 organismes communautaires en santé et services sociaux ont dû se partager seulement 10 millions de dollars de rehaussement.

Ce n’est pas une stratégie sociale.

C’est un pansement posé sur une fracture ouverte.

Une inégalité qui touche directement les femmes

Les femmes demeurent surreprésentées dans plusieurs situations de vulnérabilité :

  • la pauvreté
  • la monoparentalité
  • les emplois précaires
  • la violence conjugale
  • l’itinérance invisible

Et paradoxalement, elles sont aussi celles qui travaillent massivement dans les secteurs qui tentent d’atténuer ces problèmes.

Autrement dit : les femmes sont nombreuses à subir les inégalités… et à en réparer les conséquences.

L’égalité ne se mesure pas en déclarations. Elle se mesure en actions.

Chaque 8 mars, les discours parlent d’égalité

Mais l’égalité réelle se mesure dans des décisions concrètes comme :

  • les budgets publics
  • l’accès aux services
  • la stabilité des organismes qui soutiennent les communautés
  • la reconnaissance du travail social souvent invisible

Lorsque les ressources communautaires doivent constamment se battre pour maintenir leurs services, ça envoie un signal clair : la société reconnaît leur importance… mais pas assez pour en assumer les coûts.

Un vrai test de société

L’égalité entre les femmes et les hommes ne se joue pas seulement dans les discours politiques ou dans les campagnes de sensibilisation.

Elle se joue dans des choix beaucoup plus simples :

  • Est-ce qu’on finance adéquatement les services qui soutiennent les femmes?
  • Est-ce qu’on investit dans la prévention plutôt que dans la gestion de crises?
  • Est-ce qu’on reconnaît réellement la valeur du travail social et communautaire en assurant des salaires adéquats?


Parce qu’en bout de ligne, investir dans les femmes, leur santé mentale, leur sécurité et leur autonomie, ce n’est pas un geste symbolique.

C’est un devoir de société.

Alors le 8 mars...

Oui, célébrons les avancements.

Mais gardons aussi un peu de lucidité.

Parce que si les femmes continuent de porter une grande partie du filet social… il serait peut-être temps que la société tienne ce filet avec elles.

L’égalité n’est pas une journée.

C’est une responsabilité collective.

Et manifestement, il reste encore du travail à faire…